Avancement du projet mai 2022
Nous avons lancé en
2020-2021
un projet pour retracer l'histoire et raviver la mémoire de Chana
Finkielsztajn, jeune fille déportée à Auschwitz dont le prénom,
le nom et l’âge apparaissent sur la plaque à l'entrée de notre
collège. Nous avons travaillé avec une classe de 3e et l’ensemble
de l’équipe pédagogique. Grâce aux investigations de nos élèves,
nous avons pu retrouver la trace du frère de Chana, Maurice Finay,
qui a survécu comme enfant caché et qui a pu nous fournir de
précieux documents. Nous avons aussi reçu le soutien de la
Fondation pour la Mémoire de la Shoah et les précieux conseils du
Mémorial. Nous travaillons avec le dessinateur Damien Roudeau,
l'art-thérapeute Patrick Laurin, la réalisatrice Aurélia Raoull,
l'ingénieure du son Pascale Mons, le journaliste Denis Cosnard et le
guide conférencier Stéphane Meusnier. Les élèves de Troisième
ont été récompensés par le prix du Petit Lafue en mai dernier au
moment où Hélène Dumas a reçu le sien pour son travail sur le
génocide au Rwanda à hauteur d'enfants. Un partenariat est
d’ailleurs envisagé avec elle pour les années futures.
Deux autres noms
apparaissent sur la plaque commémorative et ont fait l'objet d'une
nouvelle année d'étude avec des élèves de 3e entre
novembre 2021 et mai 2022.
Il s'agit de ceux d'Alice et Marie Ghaloula, âgées de 12 et 15 ans
quand elles ont été envoyées dans le camp de la mort d'Auschwitz.
Elles sont nées à Sousse en Tunisie et sont arrivées à Paris
entre 1931 et 1933, année de naissance de leur petit frère Jacques
à Paris dans le 12e
arrondissement.
On peut retenir deux
moments particulièrement importants pour cette année scolaire :
en recherchant le prénom du petit frère d’Alice et Marie dans
l’école élémentaire (école de garçons en 1943) qui jouxte
notre collège, nous avons découvert l’existence du grand frère
Raymond (âgé de 17 ans au moment de la déportation). Pourtant, ce
prénom n’apparaissait pas sur la liste du Mémorial de la Shoah ni
sur celui de Yad Vashem. Il nous a fallu plusieurs mois de recherche
pour comprendre qu’une faute d’orthographe sur le fichier de la
Préfecture de Police relayée par le registre du camp de Drancy
était à l’origine de cette erreur. Les élèves ont cette année
encore été au cœur de cette reconstitution micro-historique :
ce sont les élèves délégués de la classe qui ont constaté cette
erreur aux Archives du Mémorial de la Shoah avant d’en faire part
à toute la classe. Avec
les fautes d’orthographe, on retrouve donc sur le site la présence
de Raymond et même une photographie.
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Raymond Ghaloula | |
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Les élèves ont
ainsi
poursuivi le travail engagé par la pose de la plaque dans le collège
en contactant le Mémorial pour faire corriger l’erreur de nom de
famille sur le Mur des Noms. La correction a eu lieu sur le site
Internet du Mémorial de la Shoah au lendemain du vernissage de
l’exposition et une nouvelle gravure sur le Mur est envisagée
après 2025.
Reste la question
de la domiciliation de la famille : nous avons découvert que la
famille Ghaloula était inscrite sur le Mémorial de la Déportation
des Juifs de Saint-Ouen. Dans le fichier de la Préfecture de police,
il y est fait également mention d’une domiciliation au 74, rue
Montmartre à Saint-Ouen ; ce qui ne contredit pas l’adresse
du 12, bd Davout mentionnée sur d’autres documents. Est-ce encore
une erreur quand le 11, bd Davout apparaît sur le fiche de Mathilde,
la mère de famille ? Les recensements de 1936 consultés aux
Archives de la Ville de Paris et dans celles de Seine-Saint-Denis ne
livrent pas de réponse. Les élèves se sont posé une autre
question encore : pourquoi la mère des enfants a-t-elle été
déportée dans le convoi suivant celui de son mari et de ses quatre
enfants ?
L’autre moment qui
restera très certainement aussi dans la mémoire des élèves de
3eA, est la rencontre avec Rachel Jedinak. Avec le Comité de l’Ecole
de la Rue Tlemcen, elle est à l’origine de la pose de la plaque de
notre collège et elle a suivi notre projet depuis son lancement.
Elle est venue en parler avec les élèves et livrer les souvenirs
très précis qu’elle a encore de son enfance, elle avait 8 ans (le
même âge que Jacques Ghaloula) au moment de son arrestation, avec
sa sœur et sa mère, lors de la Rafle du Vélodrome d’Hiver en
juillet 1942.
Plusieurs actions
ont pu être menées cette année dans de nombreux domaines
différents :
- des recherches sur
Sousse au début du XXe siècle et la communauté séfarade, sur le
camp de Drancy et sur le contexte de la France pendant la période de
la Collaboration. L’association l’enfant et la Shoah nous a prêté
une dizaine de panneaux d’expositions sur le thème des enfants
juifs à Paris entre 1939 et 1945. Une sortie au Mémorial a été
programmée avec un éclairage particulier sur la famille Ghaloula.
Un groupe d’élève s’est rendu dans les Archives du Mémorial et
un autre dans celles de la Ville de Paris.
- la prise de
contact avec différentes institutions internationales (messages
rédigés en cours d’Anglais)
- des ateliers
artistiques en Arts plastiques avec
Damien Roudeau (dessinateur) et Patrick Laurin (art thérapeute) dont
les travaux sont visibles sur le blog à partir du site du collège
- un travail de
recherches historiques sur la musique dans les camps de la mort et la
mise en voix de la chanson Nuit
et Brouillard
de Jean Ferrat
- l’étude
du livre Elle
s’appelait Sarah
de Tatiana de Rosnay en Français et la rencontre avec l’écrivaine
- l’étude de
Dora
Bruder
(atelier organisé par notre collègue de mathématiques) avec
l’invitation de Denis Cosnard, journaliste au Monde et spécialiste
de Modiano, le tout faisant l’objet d’enregistrements audio
réalisés par les élèves et la professeur documentaliste.
- Une promenade
commentée dans le quartier en fonction de nos recherches sur les
enfants Ghaloula, organisée par notre collègue également guide
conférencier. Il restera deux
autres noms pour deux autres années de projet entre novembre 2022 et
juin 2024. Nous envisageons à l’avenir de travailler plus en avant
avec trois classes de CM1-CM2 de l’école qui jouxte notre collège
et où apparaît la plaque avec les noms des garçons assassinés à
Auschwitz.
Nous
sommes tout à fait conscients qu’il sera toujours impossible de
retrouver entièrement la vie d’une personne. Les élèves ont déjà
beaucoup appris de Chana Finkielsztajn et de la famille Ghaloula,
nous sommes convaincus que les recherches futures seront très
instructives, aussi fragmentaires soient-elles. Notre travail
s’inspire beaucoup des œuvres de Christian Boltanski dont les
lieux de mémoire sont chargés d’une « mémoire trouée ».
Tous les objets qu’il nous présente ne donnent jamais accès à
une mémoire entière. Mais le spectateur de ses œuvres peut pallier
le manque d’information en se référant à ses propres souvenirs,
à sa propre imagination.
Pour
en savoir plus :
compositionslucie20.blogspot.com
https://drive.google.com/file/d/1REYx73efHLj67vDs6HXUmW14Ncjctrez/view?usp=sharing
l Les croquis des élèves :
https://drive.google.com/drive/folders/10bTchrAh3kSbMqpR756fUish6BGYb1n0?usp=sharin
http://www.fondationshoah.org/enseignement/partager-et-se-souvenir-sur-les-traces-dune-jeune-fille-deportee
https://fr.calameo.com/read/0054511717008db3e27db?page=1
https://pia.ac-paris.fr/serail/jcms/s1_2004230/fr/college-lucie-faure
https://www.youtube.com/watch?v=zzKb3A6R2CE
Le
message du frère de Chana Finkielsztajn :
" Bouleversé par l’admirable travail que vous,
vos partenaires et vos élèves, avez réalisé sur le
souvenir déchirant de ma sœur Chana et de ma
famille dont 80 ans après leur assassinat, je n’ai pas
réussi à faire le deuil.
Très touché par les vidéos jointes relatant ce
douloureux passé.
De tout mon cœur, je tiens à tous
vous remercier infiniment, pour votre émouvante
commémoration.
J’en reste profondément éprouvé.
Sentiments respectueux"
Marcel Finay